Le métabolisme n’est pas votre ennemi !

Publié le par François Kaeffer. Alpha & Oméga

Quand je parle biochimie, j’ai toujours l’impression d’être le fou du coin. Les réactions à ce sujet varient de « ça ne sert jamais en pratique » à « c’est inintéressant au possible ». Pour la deuxième, je comprends au vu de l’enseignement de cette matière… mais dire que cela ne sert pas en pratique, je m’insurge !

Un cas métabolique pur, avec analyse de sang à la clé, est celui d’une hyperglycémie. En effet, qui dit hyperglycémie dit que le glucose ne rentre pas normalement dans les cellules. Deux solutions :
 

  • Trop de sucre dans la ration et l’organisme n’arrive pas à le gérer. Ce cas n’existe, pour ainsi dire, pas chez les chevaux qui ont une alimentation répartie équitablement dans la journée (normalement).
     
  • Le glucose ne rentre pas dans les cellules pour deux raisons possibles : métabolisation insuffisante (voir aussi hypothyroïdie dans « Thyroïde ») ou une incapacité à le stocker (troubles de l’insuline et de la transmission du message).


Un glucose non utilisé signifie que pour créer de l’énergie, l’organisme doit trouver une autre solution pour produire son énergie.

Il ne lui reste pas beaucoup de voies métaboliques pour produire son énergie : la voie des lipides, en premier et la voie des protéines, en second.

Les lipides ont deux possibilités de métabolisation : la β-oxydation (voire l’α-oxydation pour certains lipides) dans la mitochondrie et la péroxydation dans le péroxysome. Si la première méthode est simplement lente (mais la plus utilisée), elle ne produit pas comme la seconde des radicaux libres.

Ces espèces oxydantes provoquent des dégâts cellulaires et entraînent le vieillissement prématuré de la cellule d’où la nécessité pour des chevaux hyperglycémiés d’avoir des antioxydants en plus grandes quantités dans la ration (sélénium, avec modération, et vitamine E, sans modération). En effet, l’organisme a besoin d’énergie et va donc emprunter toutes les voies et en particulier les plus rapides quitte à produire des produits plus toxiques que la normale.

Mais les réserves de graisses s’épuisent vite surtout dans le cas où le problème n’est pas identifié à temps, ce qui est presque toujours le cas. Dans cette éventualité, il ne lui reste plus que la voie des protéines… Une voie encore moins intéressante que les lipides mais qui permet de retarder l’échéance.

Dans l’analyse de sang, il est possible que vous ayez le dosage de certaines graisses, il est toujours intéressant de jeter un coup d’œil.

La dégradation des protéines se voit par une démusculation importante et, au niveau sanguin, des taux d’urée anormalement hauts. L’urée est le produit de dégradation des acides aminés dans le cycle de l’urée. Une fois que vous avez vérifié que le rein n’a rien a priori, vous pouvez faire le lien avec l’hyperglycémie et le stade où en est le cheval.

En règle générale, vous pouvez avoir une diminution du taux d’albumine dans le sang mais ce n’est pas obligatoire si le cheval maîtrise suffisamment le problème.

Tout ça pour en arriver à la donnée suivante : son alimentation doit contenir une part énergétique plus importante en lipides et non en sucres (amidon, sucres simples…), une quantité plus importante en vitamine E et sélénium pour à la fois la resynthèse des muscles et pour compenser le passage par la voie des lipides (production de radicaux libres qui sont à éliminer), et pour finir, une quantité plus importante en MADC (tout en restant dans les préconisations, il faut viser le haut de la fourchette normale) et en acides aminés limitants (donc tourteau de soja et fourrage de bonne qualité).

Sachez-le, ce type de chevaux marche sur le fil du rasoir donc un changement dans la qualité du fourrage peut entraîner la mort au bout de quelques mois même après une remise dans les conditions précédentes puisque ce cheval ne peut pas remonter sans une alimentation adaptée. Et en général, la remontée est lente.

Ce cas est malheureusement arrivé, un changement de lieu avec un fourrage de moins bonne qualité pendant quelques semaines et quelques mois après la reprise de la normale, le cheval est décédé.

Qui osera me dire que la biochimie ne sert pas en pratique ?

François Kaeffer

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Tête de cheval au box. Techniques d'élevage. Tous droits réservés.

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