Première partie : Les séquelles de la cicatrisation, les adhérences et cicatrices

Publié le par Anne et Cat

 

La cicatrisation, ce n'est pas une gomme à effacer, mais une réparation... qui laisse des séquelles. Les cicatrices, les dépigmentations et les adhérences sont les plus connues.

 

Pour bien comprendre ces séquelles, il faut remonter à la source. Tout commence au traumatisme : coups, blessure, pincement, fracture, élongation du tendon...

 

Au fur et à mesure de cet article, je signalerai les remarques et conséquences pratiques en italique.

 

Un traumatisme va léser des tissus sains (tendon, muscle, épiderme, tissu conjonctif, os...), désorganisant, mélangeant et rendant inopérants tous les tissus de la zone.

 

Et plus particulièrement, les vaisseaux sanguins ne forment plus une paroi étanche, n'emprisonnent plus le sang qui s'échappe. Mais visuellement, cela ne saigne pas toujours...

 

La couleur rouge du sang est due aux hématies (petites cellules contenues dans le sang). Or si les cellules des vaisseaux sanguins sont seulement disjointes, le liquide passe mais pas les cellules... le liquide est alors transparent et le traumatisme ne saigne pas.

 

C'est l'œdème (gonflement de la zone) ou l'écoulement de liquide clair (lymphe) observé si la zone est ouverte.

 

Cette désorganisation générale des vaisseaux sanguins va constituer un signal d'alerte pour l'organisme. Les vaisseaux sanguins atteints vont se colmater.

 

Ces vaisseaux colmatés vont isoler la zone atteinte et provoquer la mort des cellules par manque d'oxygène et de nutriments. C'est ce qu'on appelle l'anoxie (absence d'oxygène) et aboutit à la nécrose (mort) des tissus concernés. On utilise parfois des produits oxygénants et nourrissants pour « remplacer » les vaisseaux sanguins perdus et permettre une perte moins importante de tissus. La cicatrisation s'en retrouve facilitée et accélérée, les séquelles exposées par la suite en sont donc d'autant diminuées.

 

Les autres vaisseaux sanguins vont se gonfler pour apporter un maximum d'éléments et de cellules.

 

C'est la fin de la mise en place de l'inflammation, la zone est rouge, chaude (avant elle était seulement grosse et douloureuse).

 

Les premières cellules à arriver sur site sont des cellules de destruction et de défense (immunitaires).

 

Les cellules de destruction vont déblayer le terrain : molécules issues du sang, restes des cellules mortes, débris issus de l'extérieur, liquides... le ménage commence.

 

Les cellules vivantes qui ont été dérangées par le traumatisme, s'espacent et se retirent pour laisser la place aux nouvelles arrivantes. Une fois ceci fait, elles vont alors aider à la cicatrisation en appelant d'autres cellules à la rescousse.

 

Les cellules chargées de la reconstitution du tissu atteint arrivent alors sur site. Parmi ces cellules, des fibroblastes qui ont pour fonction de produire de longues molécules souples en forme de fils.

 

Ces molécules, appelées « fibres de stress » se tendent en tout sens, se rigidifient et « tirent » sur les bords pour réduire la zone traumatisée. On dit pour une plaie qu'elle se « contracte ».

 

Une plaie lâche est donc un signe de difficultés dans la cicatrisation, ce qui laisse supposer la présence d'une quantité trop importante de liquides, de débris ou de germes. Cette observation doit donc entraîner un nettoyage sérieux, une désinfection accrue et une surveillance attentive.

 

Ces molécules se déposent en si grand nombre qu'un maillage se forme bientôt, un maillage qui va servir de support aux nouvelles cellules du tissu et aux cellules de destruction qui continuent ainsi plus loin leur ménage.

 

Les plaies se « comblent » d'une espèce de gélatine qui doit être protégée du dessèchement et laissée en place. Prenez garde aux désinfectants et aux techniques utilisées pour ne pas agresser les cellules qui migrent dans ce maillage. Laissez la croûte, ne frottez pas, protégez à l'aide d'un pansement qui laisse passer l'air mais garde l'humidité et désinfectez doucement.

 

Dans ce maillage de fibres placées au hasard, certaines sont inutiles, d'autres se brisent suite aux mouvements de l'animal (ou à la mise en place de soins trop agressifs) et enfin quelques unes gênent la formation du nouveau tissu. Détruire ces molécules inopportunes tant qu'elles sont molles, c'est possible et c'est un travail pour les cellules de destruction.

 

C'est alors que la propreté et le type de traumatisme entre en ligne de compte.

 

Imaginez une plaie chirurgicale : nette, propre, elle lèse le minimum de tissu, les bords sont juxtaposés... les cellules de destruction ont tôt fait de faire place nette. Elles peuvent alors s'attaquer aux « erreurs » du maillage de fibres et faire le ménage.

 

Imaginez maintenant un traumatisme propre mais générant beaucoup de dégâts tissulaires (brûlure, abrasion, fracture non ouverte, plaie irrégulière...) ou avec une hémorragie importante (hématome, hémorragie interne...). Les cellules de destruction sont débordées, elles ne vont alors pas pouvoir nettoyer le maillage de fibres. Les fibres de stress vont donc se « figer » et donner un maillage dur et gênant, car non modifiable par la suite.

 

Le dernier cas, mais pas le moins fréquent, c'est l'infection.

 

Un traumatisme infecté, c'est un traumatisme où les germes vont provoquer notamment une mort massive de cellules. Ce qui provoque une surcharge de travail pour les cellules de destruction et donc un dépôt hasardeux et excessif de fibres de stress.

 

Ces fibres de stress, après guérison complète, quand elles sont tendues entre deux organes ou qu'elles relient deux tissus normalement disjoints, forment ce qu'on appelle les adhérences.

 

Il est donc important d'avoir une plaie propre, d'en rectifier les bords et d'ôter un maximum de débris lors du premier nettoyage afin d'aider à une cicatrisation nette. Pour les autres traumatismes, l'arrêt rapide de l'hémorragie et la réduction de la surface concernée sont des éléments décisifs pour une bonne cicatrisation.

 

Si ces fibres de stress s'accumulent à outrance, elles peuvent former des bourrelets appelés soit cicatrice hypertrophiée, soit chéloïdes (pour le mécanisme détaillé, voir cet article).

 

Plus le traumatisme met longtemps à guérir, plus on a une accumulation de fibres de stress, plus on augmente les risques de cicatrices inesthétiques ou gênantes. Évitez de laisser les plaies se rouvrir (ou de le faire volontairement en enlevant la croûte) s'il n'y a pas de complications. Faites également attention aux pansements abrasifs ou qui collent et aux méthodes de soins trop agressives. Ci-dessous un exemple de pansement adapté car non collant malgré l'aspect suintant de la plaie.

 

poulain blessé à la tête avec un pansement - copyright : techniques d'élevage


La suite dans un prochain article !

A bientôt,

Anne

Publié dans Physio-pathologie