Sommeil et mélatonine, conséquences pour le cheval

Publié le par Anne Cat et François

Chez les mammifères, on relie souvent le cycle veille-sommeil à la sécrétion de mélatonine lui-même lié à l'alternance jour-nuit (la photopériode).

Mais les espèces, quelles soient diurnes ou nocturnes, secrètent la mélatonine la nuit. C'est donc la façon de réagir à l'alternance jour-nuit qui change et on n'a pas un strict alignement sur les cycles de production de mélatonine.

Et comme d'habitude, le cheval est un cas un peu à part avec un sommeil fractionné au cours de la journée et de la nuit.

Chez le cheval, le taux de mélatonine n'est pas rythmique

Une distinction importante entre le cheval et les autres espèces concerne le cycle veille – sommeil. Les rongeurs dorment en moyenne 12-13 heures par jour. La plupart des humains adultes dorment 8 heures d'affilée.

Le cheval lui dort par petites siestes de 15 minutes pour une moyenne de 2,9 heures par jour ! Les périodes de sommeil existent de jour comme de nuit. Il peut dormir debout pendant une partie du temps mais doit se coucher pour la phase de sommeil profond.

Dans certains cas, un cheval ne se couche plus soit parce que cela lui fait mal dans le cadre de blessures ou de pathologies douloureuses, soit parce qu'il est trop stressé pour le faire. Il est alors privé de sommeil paradoxal. Il va donc littéralement « tomber » de sommeil. On peut voir des épisodes où le cheval, debout, ferme les yeux, tous ses muscles se relâchent et il tombe sur les genoux, ce qui le réveille en sursaut.

On appelle cela de la narcolepsie de façon abusive car il ne s'agit pas d'une anomalie du système nerveux comme la narcolepsie vraie mais d'une privation de sommeil et d'un épuisement.

Ces différences entre espèces reflètent probablement les différentes pressions évolutives pour la survie vécues par les animaux de proie en distinguant les petits des gros. En tant que gros animaux migrateurs, les anciens chevaux étaient très vulnérables lorsqu'ils étaient au repos. Ils devaient donc conserver un fort état de vigilance.

Pour les chevaux sauvages, nécessité faisant loi, l'animal ne peut pas toujours suivre ses rythmes biologiques en raison des interactions sociales et de la disponibilité de la nourriture dans l'environnement naturel. Le cheval domestique a souvent des rythmes plus réguliers du fait des repas ou du travail.

Le cheval en environnement naturel n'a pas le même rythme qu'en stabulation

Sur bien des points, le cheval partage des caractéristiques biologiques du campagnol commun. Tous les deux ont une fermentation importante au niveau du gros intestin qui se traduit par des rythmes de prises alimentaires et d'activités sur un cycle naturel de plus de 24 heures. Cela veut dire que d'un jour sur l'autre, l'heure des différentes activités se décale.

S'ils sont en cage avec accès à des roues ou qu'ils sont nourris à heure fixe, les campagnols calent leur cycle sur les 24 heures. De la même façon, le cheval, s'il est en box avec accès avec distribution de nourriture et activités physiques à heures fixes se cale en fait sur notre rythme.

Tous ces rythmes sont régulés par des gènes que l'on appelle... des gènes horloge. Il existe une grande horloge centrale et de multiples horloges périphériques, liées à tel ou tel organe.

De manière intéressante, à l'état sauvage, l'expression des gènes horloge dans les tissus périphériques du campagnol commun reste constante, une observation surprenante qui rejoint les travaux sur la formule sanguine des chevaux élevés dans des conditions permettant une prise alimentaire semblable à celle de l'état naturel.

En dehors de l'aspect de pure curiosité, la chronobiologie qui étudie les cycles de l'organisme au cours du temps, est importante pour comprendre les rythmes de l'organisme

Or le rythme circadien est par définition un rythme qui persiste sous conditions constantes. Il est constitutif d'un organisme.

La question est donc de savoir dans quelle mesure les rythmes de 24 heures que nous imposons à nos chevaux correspondent à leurs besoins physiologiques ou pas. Cela peut être important pour déterminer par exemple si les contraintes imposées au cheval de sport en opposition avec son rythme physiologique normal ont des conséquences négatives. Ceci étant particulièrement pertinent dans le cadre des entraînements des pur-sangs qui se font très tôt le matin alors que le programme des compétitions exigent une performance optimum en fin d'après-midi.

Merci à Bertrand !

Bonne journée.

Catherine Kaeffer

 

Cheval en phase de sommeil profond. Copyright Techniques d'élevage. Catherine Kaeffer. Nantes

Cheval en phase de sommeil profond. Copyright Techniques d'élevage. Catherine Kaeffer. Nantes