Programme vermifuge pour jument en lactation

Publié le par Anne ANTA. Editions Alpha et Omega

Il est là, ce poulain tant espéré et maintenant que faire ? Si cette question a de multiples facettes, nous allons voir ici la question du parasitisme du poulain et de sa mère. En général, la question du parasitisme s'est posée dès la gestation et parfois des modifications ont permis à l'environnement d'être plus sain et un suivi vétérinaire rigoureux a été mis en place.

Mais parfois, la question du parasitisme tombe avec l'arrivée du poulain. Alors que faire ?

Posons quelques notions de base

Si la jument gestante est relativement peu expressive en terme de parasitisme, ce n'est pas le cas de la jument allaitante qui a une analyse coprologique avec des taux importants.

Mais, comme pour la jument gestante, il faut relativiser ce résultat. La jument en lactation a beaucoup d’œufs, de larves... mais est-ce parce qu'elle est plus infestée ou parce qu'elle laisse plus la reproduction se dérouler ? On peut aussi imaginer qu'après la mise bas les parasites s'expriment davantage pour infester le jeune ou que les hormones incitent les parasites à moins s'enkyster.

L'hypothèse de l'affaiblissement des défenses immunitaires lié à un défaut nutritionnel en faveur du parasitisme a été soulevée. Pour l'instant, il semble que la perte d'état de la jument en lactation ne soit pas un indicateur de son expression parasitaire fécale.

Bref, quelles que soient les raisons de cet état, une jument en lactation est plus excrétrice de parasites qu'un autre cheval, elle est donc logiquement la cible de tous les vermifuges. D'autant qu'elle est plus facilement traitée que son poulain et qu'on a tout intérêt à éviter les dégâts liés aux cycles avec migration qui sont peu accessibles aux vermifuges.

Les préconisations en matière de vermifuge "chimique" ou "naturel"

Les préconisations des professionnels sont variables et pour cause... entre la période de mise bas, le contexte d'élevage, la fragilité du poulain, les problèmes de passage des molécules dans le lait, les résistances... il y a de quoi s'y perdre.

Avant tout traitement, étudiez votre situation et n'oubliez pas que même avec un traitement tous les mois, vous ne protégerez pas votre poulain d'une colique ou de dégâts mortels si l'environnement est infesté (même en l'absence de population résistante).

Pour tout traitement, il faudra envisager le passage du produit dans le lait et dans les crottins ou l'urine de la mère qui pourront être partiellement consommés par le jeune. Ces données sont facilement accessibles sur les notices et connues des vétérinaires, parlez-en avec eux.

Les traitements naturels ne donnent généralement pas d'information à ce propos, il est donc préférable de s'abstenir de tout traitement vermifuge naturel ou d'en parler à un professionnel (non vendeur du produit en question) au préalable.

Etablir le programme de vermifuge

Pour votre programme, il faudra tenir compte de la population parasitaire présente et de ses sensibilités. Il est utile d'avoir fait le point avant la gestation pour avoir une année de référence.

Dans ce cas particulier de la jument suitée, on peut opter pour une protection par vermifuges réguliers dans le but de faire taire l'expression parasitaire. C'est de cette théorie que provient le fameux tous les mois ou tous les deux mois. Attention toutefois, ce procédé est à l'origine du développement des résistances et peut donner un faux sentiment de contrôle. C'est aussi un système qui a le désavantage de provoquer des pics d'excrétion et des infestations par vagues successives, lesquelles peuvent engendrer des dégâts chez le poulain et sa mère. Le développement et la transmission d'immunité peuvent aussi se retrouver entravés par cette méthode.

Dans un environnement favorable, on peut ne pas changer le programme utilisé pour les adultes et pratiquer une technique de mise en contact progressive. Cette technique permet un développement de l'immunité et de limiter les dégâts sur le poulain en gérant l'infestation. Néanmoins, cela suppose un environnement contrôlé sur le plan parasitaire et tous les élevages ne peuvent pas se le permettre.

La plupart des poulains naissent au printemps, quand l'infestation est la plus forte... mais c'est aussi la période où la mère n’excrète pas beaucoup puisqu'elle est elle-même en phase d'infestation. Si vous avez la chance de pouvoir contrôler les choses jusqu'à l'été et qu'il soit un peu sec, vous aurez alors la possibilité de vermifuger en fin de printemps et d'avoir une jument "propre" jusqu'en automne. Les parasites "dangereux pour le poulain" qui infestent en automne ne se reproduisent qu'au printemps suivant, vous avez alors le temps de faire un vermifuge en hiver ou de prévoir l'année suivante avec la gestion mère et poulain.

Conclusion

Adaptez votre programme à votre situation, n'appliquez pas celui du voisin.

N'oubliez pas d'utiliser les analyses de crottins, votre connaissance du climat local, votre agenda avec vos données parasitaires et votre vétérinaire pour vous aider à penser au mieux votre programme vermifuge.

Et si vous êtes encore dans le brouillard, vous pouvez faire votre bilan de situation parasitaire avec l'aide de notre équipe.

Anne ANTA

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Jument et son poulain. Tous droits réservés à Techniques d'élevage

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