Alimenter un poulain en retard de croissance. 3. Cas d’une faible croissance sur le long terme

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

Nous avons vu dans un précédent article « Alimenter un poulain en retard de croissance. 1. Comprendre l’impact du retard » comment caractériser un retard de croissance puis examiné le cas d’un poulain qui a arrêté sa croissance suite à un souci de santé pour lui ou sa mère : « Alimenter un poulain en retard de croissance. 2. Cas d’un arrêt brutal de la croissance ».

Par contre, si on a un poulain qui a été mal nourri sur le long terme, parfois même in utero, cela signifie que vous aurez un impact sur l'ensemble des structures y compris les plus précoces.

En effet, la croissance se déroule par vagues successives (même si elles se chevauchent). Il suffit pour s’en convaincre de regarder un poulain nouveau-né. Il a de longues jambes, une grosse tête, un petit corps peu épais et surtout très court et un poitrail très très étroit.

On peut donc dire que les jambes et la tête se sont développées proportionnellement plus que le corps dans le ventre de la jument. Cela correspond aux premières vagues de croissance. On aura ensuite un allongement du dos et une prise de profondeur de la poitrine. Dans les dernières vagues de croissance, on a l’élargissement du poitrail et des hanches et la sortie du garrot.

Comme il s’agit de « vagues », elles ont un moment où elles naissent, montent puis décroissent et disparaissent. Si vous n’avez pas les conditions qui permettent de soutenir ses vagues, elles monteront moins haut. Le poulain a la possibilité de les prolonger dans le temps mais forcément à un moment, les zones de croissance vont disparaître et la conformation sera définitive.

Ainsi on peut voir sur un cheval adulte que telle période de sa vie, il a été mal nourri ou a eu un souci de santé et que ce qui devait se développer à ce moment-là ne s’est pas mis en place correctement. Au moment où la situation est revenue à la normale, c’était trop tard.

Si vous avez un poulain qui a été mal nourri pendant la période avant sevrage voire in utero, il aura les membres plus petits que la normale mais surtout ses os seront moins solides. Mais surtout vous risquez d’avoir des organes qui seront « mal montés » parce qu’ils n’auront pas eu ce dont ils avaient besoin au moment de leur mise en place.

Si la mauvaise alimentation a duré des mois voire des années, forcément toutes les structures sont impactées, montées de bric et de broc, fragiles voire inefficaces. Tout ce que vous allez mettre dessus ensuite sera bâti sur du sable. Dans ce cas, on peut avoir des répercutions à long terme avec des soucis de santé récurrents tout au long de la vie du cheval, un vieillissement précoce et un décès prématuré.

Dans ce cas, il faut procéder par étapes pour consolider les structures précoces et remonter petit à petit la succession des vagues de croissance quand c’est encore possible. Il faut au maximum consolider les structures avant de mettre du poids dessus. Donc cela signifie que vous allez avoir un besoin protéique sûrement très important, un besoin minéral aussi mais que par contre au niveau énergétique, l'urgence est d'attendre que cela se consolide.

Cette succession est un point important. Par exemple sur un poulain rachitique, si vous donnez de la vitamine D, vous allez fixer les problèmes osseux. Si vous donnez d'abord une complémentation calcium / phosphore avec des minéraux, mais en y allant tranquille sur la vitamine D, vous pourrez alors avoir une chance de réparer le souci parce que vous ne le fixerez pas.

Ce raisonnement permet donc de déterminer ce qu'il lui faut comme apport que ce soit comme rapport protéines / énergie et comme apport minéral qui là encore ne sera pas « normal ».

Car encore une fois pour alimenter un poulain en retard de croissance, il faut oublier tout ce que vous savez sur l’alimentation « normale » du poulain et encore plus sur l’alimentation « normale » d’un cheval. Non seulement parce qu’un poulain n’est pas un cheval mais parce que l’animal que vous avez en face de vous n’est pas un « poulain de 12 mois », mais un être particulier avec certaines caractéristiques d’un 12 mois mais d’autres d’un 6 mois et des capacités à digérer et à métaboliser qui ne sont pas « normales ».

En un mot comme en cent, l’alimentation « normale » convient pour un poulain « normal » mais pour un poulain « anormal », ce qui lui conviendra à lui sera forcément une alimentation « anormale ».

Catherine Kaeffer

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Poulain. Techniques d'élevage (R) Tous droits réservés

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