Le pouvoir échauffant de l’avoine n’est pas celui qu’on pense !

Publié le par Anne Cat et François

 
 

L’avoine échauffe les chevaux… aujourd’hui, personne ne le remet en question au point qu’il  y a des aliments garantis sans avoine. Et puis on n’a jamais autant parlé de chevaux « brûlés à l’avoine »…

 

Qu’en penser ?

 

L’avoine est la céréale historique du cheval dans nos contrées car elle pouvait être produite sur des sols pauvres et le cheval ne concurrençait pas ainsi l’alimentation humaine dont la céréale principale était le blé.

 

En outre, l’avoine peut être distribuée en l’état et ne nécessite pas de traitement comme l’orge ou le maïs d’importation historiquement récente.

 

Bref, classiquement on nourrissait un cheval à l’avoine et les autres céréales étaient utilisées seulement pour pallier une absence d’avoine. Cette façon de voir les choses prévalait encore en 1970. L’avoine, c’est comme Lucifer… c’était un ange porteur de lumière qui aujourd’hui s’est transformé en démon.

 

L’avoine est réputée « échauffante » ce qui signifie qu’on la suspecte de provoquer une certaine irritation de la muqueuse intestinale, entraînant à haute dose des inflammations et des intolérances digestives. Le cheval a peu d’appétit, de la diarrhée, voire des coliques. Il maigrissait et prenait un aspect efflanqué. On disait que le cheval était « brûlé » à l’avoine ou « séché » ou « sucé » à l’avoine.

 

C’est donc un phénomène d’intolérance digestive qui est évoqué. L’acide silicique présent dans les glumelles pourrait en être la cause mais ce type de problème n’apparaît qu’avec des fortes doses.

 

Alors comment peut-on aujourd’hui encore parler de chevaux brûlés à l’avoine alors que chez nous la base de l’alimentation du cheval est généralement l’orge ? Illogique ?

 

Pas vraiment. En fait, on peut penser que plus qu’un problème lié à une céréale, c’est un problème d’équilibre alimentaire plus général. Les chevaux fortement « avoinés » étaient ceux à qui on demandait le plus de travail. Dans ce cas, la part de fourrage était largement diminuée. Et ce serait plus ce manque de lest qui serait responsable de la mauvaise digestion que l’aliment concentré en lui-même.

 

En effet, le manque de lest provoque en premier lieu une mauvaise progression du bol alimentaire dans le tube digestif avec l’installation de fermentations intempestives, libérant un excès d’acides gras volatils, d’amines et d’endotoxines qui provoquent l’inflammation de l’intestin.

 

Bref, on peut avoir un cheval « brûlé à l’avoine »… sans avoine. Je dirais même plus d’autres céréales, moins riches en cellulose que l’avoine sont largement au moins aussi « échauffantes ».

 

D’où le terme de « rafraîchissant » qu’on emploie pour le mashes ou les barbottages. Ils contiennent des substances émollientes c’est-à-dire qui se gorgent d’eau, augmentent ainsi le volume et facilitent le transit, ce qui permet de diminuer l’inflammation de l’intestin.

 

Mais cette expression de l’avoine « échauffante » est confondue assez souvent avec le fait que l’avoine est réputée exciter les chevaux, autrement dit les faire « chauffer » mais dans ce cas, plus au niveau du cerveau que du tube digestif !

 

On parle pour justifier cette action supposée d’une substance tout aussi hypothétique : l’avénine qui serait plus présente dans l’avoine noire que dans l’avoine blanche.

 

En fait, on peut se demander si ce n’est pas la taille de l’amande plus importante dans l’avoine noire qui par un apport d’énergie plus important la rend plus « excitante ».

 

Donc  finalement n’est-on pas là encore dans un problème classique d’alimentation. Lorsqu’on ajoute de l’avoine à une ration, on augmente l’apport énergétique. Mais si on le faisait avec une autre céréale, ce serait pareil. Ce n’est donc pas l’avoine en tant que telle qui est en cause.

 

Deux remarques soutiennent cette hypothèse :

 

J’ai débuté avec des chevaux qui étaient nourris à l’avoine et je peux vous assurer qu’il y en avait, comme maintenant, des excités et de vrais paresseux à s’endormir sur place.

 

D’autre part, l’orge est traditionnellement utilisée pour les chevaux notamment en Afrique du nord et le maïs dans le Nouveau-monde. Chevaux arabes comme américains ne sont pas particulièrement lymphatiques.

 

Mais quelles que soient vos convictions en la matière, il faut se garder de faire l’amalgame entre l’avoine qui échauffe sur un plan digestif et l’avoine qui échauffe sur le plan du comportement.

 

Et cela même si votre cheval, excité par sa ration, vous chauffe les oreilles…

 

Bonne journée.

 

Catherine Kaeffer

Poney en présentation d'étalon. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage. Nantes

Poney en présentation d'étalon. Image soumise à droits d'auteurs. Techniques d'élevage. Nantes