La jument de sport : faire pouliner avant ou après la carrière sportive ?

Publié le par Catherine, Francois et Anne

 

Traditionnellement, une jument de sport commençait par travailler, par briller sur les terrains ou en course et puis interrompait sa carrière pour entrer en reproduction et transmettre ses qualités à sa descendance.

 

Cette façon de faire avait l’avantage d’amener à la reproduction une jument dont on avait pu apprécier les qualités sportives. Elle avait l’inconvénient de mettre son propriétaire devant un choix cornélien : arrêter la carrière d’une jument alors qu’elle gagnait sachant que la transition de sportive de haut niveau à maman poule pouvait prendre du temps voire ne pas convenir à la jument ; ou bien laisser la sportive rafler des médailles au risque qu’elle soit ensuite trop âgée pour qu’on arrive à lui faire produire un ou des poulains qui pourraient reprendre le flambeau.

 

Le prélèvement d’ovule a paru permettre de trancher ce nœud gordien. Mais il est réservé à des chevaux de prix et nécessite toute une infrastructure technique.

 

En outre, il y a actuellement un mouvement tendant à retarder l’âge de la mise au travail à 4 voire 5 ans, pour laisser le temps à la croissance de se faire. D’où l’idée, puisque la jeune jument ne travaille pas, d’en profiter pour lui faire faire un poulain ce qui a l’avantage de permettre d’être sûr de sa fertilité et d’autre part, de ne plus interrompre sa carrière sportive.

 

Il s’agit donc pour ces jeunes juments de sport de faire le choix entre la mise au travail à 3 ans et la mise à la reproduction ce qui amène à une mise au travail vers 4,5 à 5 ans.

 

Nous avons dans un précédent article comparé les besoins nutritionnels d’une poulinière au pic de lactation en fonction de son âge et conclu de l’importance qu’il y a à tenir compte de ce facteur et de la difficulté à couvrir les besoins à la fois de lactation et de croissance pour les jeunes surtout en calcium et en phosphore. Cela expose les jeunes reproductrices à une fragilisation osseuse voire à des problèmes de dos accentués par le poids du poulain.

 

Si on compare les besoins nutritionnels d’une jeune jument (en orange) au travail par rapport à une jument adulte (en vert), on constate que les besoins sont un peu augmentés dans tous les domaines mais surtout sur les minéraux constitutifs des os comme le calcium ou le phosphore.

 

Dans cet exemple, j’ai choisi un niveau de travail déjà conséquent sans être exagéré, c’est-à-dire de l’ordre de 1 heure par jour, aux trois allures avec franchissement de petits obstacles. En gros, ce que l’on va demander à un cheval qui va l’année suivante commencer les compétitions.

Comparaison des besoins nutritionnels au travail entre un jeune cheval et un adulte. Techniques d'élevage tous droits réservés.

Comparaison des besoins nutritionnels au travail entre un jeune cheval et un adulte. Techniques d'élevage tous droits réservés.

Si on compare les exigences nutritionnelles de la jeune jument selon qu’on la met au travail (en orange) ou en reproduction (en rouge), on constate que la mise à la reproduction est beaucoup plus exigeante que ce soit au niveau des protéines (MADC) ou au niveau des minéraux structurels (calcium, phosphore). Cela signifie que si la jeune poulinière n’a pas un rationnement particulièrement bien adapté, cela aura un impact négatif non seulement sur ses os mais aussi sur ses tendons et sa musculation et partant sur la mise au travail et les performances sportives sur plusieurs années. 

Comparaison des besoins nutritionnels d'une jeune jument au travail et au pic de lactation. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

Comparaison des besoins nutritionnels d'une jeune jument au travail et au pic de lactation. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

Les impacts mécaniques du travail sur les structures osseuses auront donc lieu effectivement plus tard mais il faut éviter qu’ils se produisent sur des os plus fragiles si on ne veut pas qu’ils aient finalement plus de conséquences.

 

La solution de la mise à la reproduction ne permet donc pas de « laisser grandir la jument tranquillement » comme on l’entend souvent. Elle permet par contre de ne pas interrompre une carrière sportive. Cela reste cependant une solution très « technique » qui doit s’accompagner d’un rationnement rigoureux pour être intéressante.

Catherine KAEFFER

 

Cet article a été rédigé par un membre de l'équipe de Techniques d'élevage. Retrouvez tous nos articles sur http://www.techniquesdelevage.fr ou http://anneetcat.wix.com/techniques-elevage.