Alimentation inadaptée de la poulinière suitée : 2. Production de lait et évolution de l’état corporel

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

La production de lait de la jument poulinière évolue au fil de la lactation et des besoins du poulain. Après un point sur la courbe de lactation, Techniques d'élevage étudie l'impact du poids et de l'état de la jument ainsi que de l'alimentation et des erreurs nutritionnelles sur la production de lait. 

Nous avons dans un précédent article fait un petit rappel sur la courbe de lactation et l’évolution des besoins nutritionnels durant cette période.

Courbe de lactation d'une poulinière. Techniques d'élevage (R) Tous droits réservés

Courbe de lactation d'une poulinière. Techniques d'élevage (R) Tous droits réservés

Phase de démarrage (en vert)

La phase de démarrage de la lactation est quasi indépendante du niveau alimentaire. Elle est déterminée par des paramètres hormonaux mais parfois aussi de douleur ou de comportement. La jument peut « retenir son lait » ou refuser le poulain. Mais à part si la jument est arrivée très maigre ou très grasse à la mise-bas, la quantité de lait produite à ce moment-là est essentiellement liée à des paramètres génétiques et individuels.

Au niveau alimentaire, comme il faut au moins 15 jours pour la montée de lait, une erreur même conséquente n’a pas le temps de se voir sur l’état corporel.

Pic de lactation (en rouge)

Dans la phase du pic de lactation, la lactation est bien mise en place et les besoins sont maximaux. À ce stade, l’alimentation arrive tout juste à couvrir les besoins et pour certains éléments, elle ne les couvre pas tout à fait. L’organisme est « programmé » pour puiser dans ses réserves et c’est ce qu’il fait naturellement.

Ce qui va jouer sur la production laitière à ce stade c’est la façon dont la jument a été alimentée en gestation et sur le 1er mois. Si la jument était très maigre ou très grasse à la mise-bas, on va avoir un petit tassement du pic qui ne montera pas aussi haut que ce que la génétique permettait d’espérer.

Au niveau de l’état corporel, il n’y aura rien de très significatif sur le 2ème mois même si l’alimentation laisse à désirer d’autant qu’on a l’habitude de voir des juments allaitantes avec les côtes visibles. En général, les conséquences d’une alimentation insuffisante se feront sentir vers le 3ème mois, en fin de pic.

La production laitière exige peu d’énergie mais beaucoup de protéines et surtout de minéraux. Une alimentation insuffisante va généralement entraîner une déminéralisation progressive de l’organisme qui ne sera absolument pas visible. Dans un second temps, on verra apparaître une démusculation de la jument par récupération des protéines musculaires pour la production laitière. Les muscles notamment du dos et de la croupe vont fondre. La masse étant importante, il faudra un moment pour que l’on soit réellement alerté par l’état de la jument.

Évidemment la succession des phases dépend des points sur lesquels pêche l’alimentation.

Descente de lactation (en jaune)

Paradoxalement, c’est là que les conséquences d’une mauvaise alimentation vont le plus se faire sentir, bien que les besoins soient en baisse constante. Pourquoi ? Parce que ce que vous voyez sur un cheval n’est pas lié à la situation actuelle mais le reflet des situations précédentes. Évidemment, sur un cheval non reproducteur, comme les besoins sont constants, on peut considérer que c’est un peu la même chose. Mais pour une poulinière dont les besoins évoluent à vitesse grand V, on ne peut se permettre un tel raccourci de raisonnement.

Si votre alimentation a été insuffisante en qualité et/ou en quantité au cours du 1er trimestre de lactation, c’est au 4ème mois que la situation deviendra préoccupante. Les réserves de graisse ont été consommées et les côtes sont marquées. La perte des masses musculaires du dos se fait cruellement sentir et la colonne vertébrale prend un profil en baignoire. La jument ayant mangé le maximum de fourrage pour compenser un apport insuffisant, son gros ventre tire la colonne vers le bas ce qui accentue encore l’impression visuelle de « ventre de poulinière ». Évidemment la déminéralisation n’arrange rien.

À ce stade de lactation, la production laitière décroît de façon normale. Si l’organisme n’a plus de réserves, il va chercher à se sauvegarder en accélérant la baisse de la production laitière. Dans certains cas, la génétique ou les caractéristiques individuelles de la jument limitent cette tendance. Cela est bien pour le poulain mais cela se fera au détriment de la santé de la mère si vous ne corrigez pas.

Je ne saurais trop le dire. Non, il n’est pas normal qu’une jument suitée soit totalement défaite avec les côtes apparentes et le ventre qui pendouille. Non, ce n’est pas le poulain qui tire trop. Ce n’est que la conséquence d’une alimentation inadaptée qu’elle a reçue essentiellement dans les 3 premiers mois de lactation. Ce n’est pas parce qu’un phénomène est fréquent qu’il est normal… ou souhaitable.

Dans un prochain article, nous verrons quelles sont les possibilités de réalimentation pour booster la production de lait dans ce cas.

Catherine Kaeffer

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MAJ septembre 2021