Combien puis-je nourrir de chevaux sur mon pré ?

Publié le par Catherine, François et Anne

 

Très souvent on voit le ratio de 1 hectare par cheval. Son application sans nuances est la source de bien des problèmes chez les propriétaires de chevaux. Regardons la question de plus près.

 

Il faut déjà déterminer de quel type de cheval vous parlez, un shetland ne pouvant être considéré comme mangeant l’équivalent d’un trotteur et encore moins d’un percheron. Pour cela, il faut se reporter au système UGB déjà évoqué.

 

Disons pour faire simple que vous n’avez que des adultes qui font tous 500 kg. Si leur alimentation est majoritairement de l’herbe, on peut considérer qu’ils en consommeront 10 kg de matière sèche (MS) par jour (en supposant un faible taux de perte).

 

L’herbe sur pied faisant aux alentours de 18 % de matière sèche (donc 82 % d’eau), cela nous fait environ 55 kg d’herbe par jour et par cheval que votre pré doit fournir tous les jours.

 

La production d’herbe évidemment n’est pas la même tout au long de la saison (et je ne vous parle même pas de l’hiver où elle peut être considérée comme nulle même dans les régions les plus clémentes).

 

Pour donner un exemple, en mai, un pré de bonne qualité, bien mené, éventuellement avec fumure ou bien avec une association graminées + légumineuses, peut produire 50 kg de MS par hectare.

 

Si votre pré fait 1 hectare, il pourra nourrir 5 chevaux.

 

Mais le même pré, peut en août s’il fait un peu sec produire seulement 20 kg de MS/ha et ne pourra alors plus nourrir que 2 chevaux.

 

Fin septembre, on tombera à moins de 10 kg de MS/ha et donc ce sera juste pour 1 seul cheval.

 

Si vous avez 5 chevaux, cela passera pendant un temps très court au printemps mais rapidement, les chevaux tondront l’herbe en dessous de ce qui est supportable pour la plante, limitant grandement ses capacités de repousse… en quelques années vous arriverez à un envahissement par des plantes résistant à ce traitement comme le trèfle blanc (plante à rhizome) ou le rumex (non consommé) puis à une sorte de paddock ras, avec des zones de terre et des refus.

 

Si vous avez 1 cheval, forcément au printemps, il se retrouvera avec de l’herbe jusqu’au ventre, occasionnant beaucoup d’herbe piétinée, de refus et un vieillissement de l’herbe avec pertes des qualités nutritives et asphyxie des éventuelles repousses sous les plantes couchées… pas forcément souhaitable non plus.

 

Donc, soit vous avez trop de production d’herbe au printemps mais vous êtes bon par la suite ; soit vous consommez la totalité de l’herbe produite au printemps et forcément vous serez trop juste en été et en automne.

 

Il faut donc faire varier le niveau de consommation en fonction de la pousse de l’herbe.

 

La première solution est d’augmenter artificiellement la consommation d’herbe au printemps en fauchant une partie de la surface. Si la fauche n’est pas possible sur la parcelle, il faut avoir plutôt un chargement élevé, mettre en pâture aussitôt que possible dans l’année pour écrêter la pousse de printemps… bref tout faire pour ne pas se faire déborder y compris « emprunter » des génisses ou des moutons quelques jours à un voisin pour « faire le ménage ».

 

La seconde solution, si votre surface est limitée, consiste à augmenter artificiellement la « production d’herbe » en été et en automne en apportant du fourrage de l’extérieur.

 

Le chargement pour la période totale de pâturage est voisin de 2 chevaux/ha sur une prairie de bonne qualité avec des variations pouvant aller de 1 à 2,5 selon la situation géographique, la qualité de la prairie et surtout la qualité de la gestion de l’herbe.

 

Le classique 1 ha par cheval traduit donc à la fois l’habitude de mettre les chevaux sur les parcelles les moins productives et d’autre part la gestion souvent déficiente des prés à chevaux. On peut aussi penser qu’il prenait classiquement en compte le fait que la parcelle devait fournir le foin pour l’hiver.

 

Pour les éleveurs équins, il y a à mon sens énormément à gagner en termes de rentabilité comme en termes de qualité de l’alimentation des reproducteurs et des jeunes simplement (si j’ose dire) en gérant au mieux l’herbe qui est la base de l’alimentation.

 

Catherine Kaeffer

 

Cet article a été rédigé par un membre de l'équipe de Techniques d'élevage. Retrouvez tous nos articles sur http://www.techniquesdelevage.fr ou http://anneetcat.wix.com/techniques-elevage.

Cheval au pré. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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