Cheval sujet à des myosites : intérêt de l’alimentation à teneur réduite en amidon

Publié le par Catherine, Francois et Anne

 

Les troubles musculaires sont très divers. Certains ont une composante alimentaire dans les facteurs d’apparition. Pour d’autres, une adaptation de la ration peut éviter ou limiter les symptômes mais non résoudre le problème. Pour d’autres enfin, le problème n’est pas alimentaire.

 

Souvent on voit préconiser pour les chevaux qui font des myosites, des aliments à teneur en amidon faible. Dans ce cas, l’énergie est apportée par une quantité plus importante de fibres et de matières grasses.

 

En fonction de la nature du problème pathologique, ce type d’aliment est plus ou moins adapté.

 

Myosite apparaissant même sans travail musculaire

 

Dans cette catégorie on retrouve la maladie du muscle blanc du jeune poulain et la myodystrophie enzootique du cheval adulte. Dans les deux cas, la principale cause est la carence en sélénium. Parmi les causes secondaires, on a la carence en vitamine E (qui agit en synergie avec le sélénium), les excès d’acides gras insaturés (qui augmentent les besoins en sélénium), les excès de fer.

 

L’exercice agit alors comme révélateur du déséquilibre alimentaire mais n’est pas la cause du problème musculaire. Un stress comme un transport, un coup de froid, une excitation peuvent faire passer l’affection du stade subaigu au stade aigu.

 

L’apport d’un aliment à faible teneur en amidon est dans ce cas contre-productif. En effet, il apporte le plus souvent des matières grasses qui vont augmenter les besoins en sélénium et en vitamine E de l’organisme alors que justement on est déjà trop juste pour ce critère. On a donc des risques d’augmenter la survenue des épisodes aigus.

 

Les préconisations dans ce cas sont de calculer la ration pour pouvoir l’équilibrer afin d’apporter les oligo-éléments et les vitamines nécessaires (en général quand on a une carence en sélénium, la ration est aussi carencée en d’autres éléments et parfois en excès sur certains).

 

Si l’apport d’un bon foin ou d’herbe n’est pas suffisante pour couvrir les besoins énergétiques et protéiques, il faudra choisir un aliment complémentaire à faible teneur en matière grasse et donc réaliser un apport d’amidon qui doit cependant rester le plus modéré possible.

 

Myosite apparaissant sur un effort de puissance ou de sprint


Il s’agit d’une myosite paroxystique. On l’appelle aussi rhabdomyolyse, coup de sang ou azoturie. Le muscle se charge de façon anormale en acide lactique. Les causes sont liées au type de fibres musculaires et donc à la génétique et au type d’entraînement, à un travail trop brutal et intense sur un muscle froid (cheval qui explose en hiver par exemple), ou au stress. Au niveau alimentaire, on peut avoir une suralimentation céréalière par rapport aux besoins. Ce qui compte, ce n'est donc pas le niveau d'apport mais bien l'adéquation par rapport aux besoins ce qui est très différent.

 

Dans ce cas, encore une fois, l’alimentation par les fourrages doit être privilégiée. Si elle s’avère insuffisante, il conviendra de modérer au maximum l’apport d’amidon et notamment en remplaçant une partie de celui-ci par des matières grasses. Les aliments pauvres en amidon trouvent là toute leur place.

 

Attention de bien en tenir compte dans la supplémentation minérale.

 

Myosite apparaissant sur un travail d’endurance soutenu


C’est une myosite d'épuisement, liée à une usure totale du glycogène musculaire, à une déshydratation avancée, à des déséquilibres dans les électrolytes. Les causes alimentaires sont donc à rechercher vers l'abreuvement, l'excès de calcium, le déficit en magnésium, un déséquilibre potassium magnésium.

 

Dans ce cas, un aliment pauvre en amidon ne se justifie pas. En outre, sa teneur en matière grasse plus élevée entraîne une formation dans le tube digestif de savons de magnésium, insolubles et indigestibles. De ce fait, il va avoir tendance à augmenter l’impact d’un apport insuffisant en magnésium. Il sera donc plutôt néfaste.

 

Cas particuliers

 

Myosite d’origine génétique : la myopathie à stockage de Polysaccharides (PSSM)

 

En cas de doute, il est indispensable de tester votre cheval. S’il est négatif, il n’aura jamais cette maladie. S’il est positif, on ne peut pas le guérir mais on peut s’arranger pour qu’il vive bien avec.

 

Là on est effectivement sur un problème de stockage des polysaccharides et donc il faut limiter ou éliminer l’amidon. Plusieurs cas de figure :

 

1. Le cheval a un niveau d’activité et de besoins compatible avec une alimentation uniquement à base de bon foin. Il est dans ce cas nécessaire d’ajouter un complément minéral vitaminé car ce type de chevaux ne supportent pas les carences en minéraux et le tour est joué.

 

2. Même avec un foin à volonté, le cheval n’arrive pas à couvrir ses besoins. Dans ce cas, certains toléreront un apport complémentaire sous forme d’un aliment pauvre en amidon. Pour d’autres plus atteints, l’amidon sera totalement proscrit. Il est alors possible de remplacer l’amidon comme source d’énergie par une matière grasse. Cela nécessite des ajustements délicats notamment sur les apports en protéines car lorsque vous apportez une céréale, vous apportez à la fois de l’amidon (énergie) et des protéines alors que lorsque vous apportez une huile, vous n’apportez que de l’énergie. Il faudra donc un supplément protéique en sus pour que les deux ensemble puissent mimer une « céréale sans amidon ». Évidemment, dans ce cas, vous tiendrez compte de l’augmentation des besoins en sélénium et en vitamine E.

 

La myopathie atypique des équidés

 

Il s’agit d’une intoxication par les fruits de l’érable sycomore. Il n’y a donc aucune raison, une fois le cheval remis, d’utiliser un aliment pauvre en amidon dans ce cas.

 

 

Catherine Kaeffer

Aliments pour chevaux. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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