Alimenter un poulain en retard de croissance. 2. Cas d’un arrêt brutal de la croissance  

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

Nous avons vu comment quantifier le retard de croissance d’un poulain et faire un point sur son stade de développement dans l’article : « Alimenter un poulain en retard de croissance. 1. Comprendre l’impact du retard ».

À présent, il faut comprendre comment on a pu en arriver là en mettant de côté tout jugement de valeur afin de bien cerner la réalité.

Imaginons d’abord le cas d’un arrêt brutal de la croissance

En effet, si le poulain a eu un gros pet de santé qui a exigé par exemple une opération et un arrêt de l’alimentation pour raisons vétérinaires, cela a bloqué sa croissance. Idem, s’il a été très malade ou pour un poulain non sevré si la jument a cessé d’assurer son alimentation. Dans ce cas, on va avoir une croissance normale, tout à fait satisfaisante jusqu'au jour du pépin. On peut donc considérer qu'on s'appuie sur un socle solide pour toutes les structures qui ont été mises en place avant.

Évidemment, plus le poulain est jeune, plus le socle en question est petit et fragile. Si par exemple, le poulain a perdu sa mère un mois après la naissance, on va pouvoir considérer que l’alimentation in utero a été correcte (si à ce moment-là la mère était en bonne santé et bien alimentée) et que le démarrage dans la vie était bon. On peut donc considérer que les soucis ne commencent qu’au-delà d’un mois. Donc que les réserves au niveau du foie de ce poulain étaient normales à 1 mois et que sa protection sur le plan immunitaire est correcte.

Un souci brutal type accident ou maladie grave va donc avoir un impact d’autant plus important qu’elle arrive sur un animal jeune et qu’elle dure longtemps.

Mais il faut aussi prendre en compte la race du poulain. Un arrêt brutal de l’alimentation aura plus d’impact sur un poulain de grand format que sur un poulain de petit format. Imaginez une voiture qui percute un mur. Si elle ne va pas vite, elle va s’arrêter sans trop de dégâts. Si elle roule vite, le choc sera nettement plus rude. Or, plus le poulain a un grand format, plus à âge égal, il a une vitesse de croissance importante.

Si vous avez par exemple un jeune poulain percheron qui a une vitesse de croissance de l’ordre de 1 kg par jour grâce aux quelques 26 litres de lait que fournit sa maman. Du jour au lendemain, maman n’est plus là. Il va lui falloir forcément un moment pour se mettre à une alimentation de remplacement. Mais l’organisme va poursuivre sur sa lancée. Les dégâts seront importants.

Pour son homologue pottock du même âge, sa croissance est plus de l’ordre de 450 g par jour financée par les 12 litres de lait de la maman. Il va mettre à peu près le même temps pour s’habituer à l’aliment de remplacement que pour le jeune percheron. Mais comme sa croissance est plus lente, forcement il marquera certes mais moins et récupérera plus vite.

Évidemment, plus la période de restriction dure, plus l’impact est important. Mais plus le poulain est âgé, plus il supportera une période de restriction plus longue.  

Si la situation a duré 3 mois sur un poulain de 30 mois par exemple, vous allez pouvoir reprendre sur l'alimentation normale d'un poulain de cet âge, en l'adaptant un peu mais sans avoir besoin de vous poser des questions métaphysiques sur la qualité des structures et leur capacité à soutenir le poids et la croissance.

Par contre, si vous avez le même arrêt de 3 mois sur un 9 mois, il faudra l’alimenter comme un 6 mois, le temps qu’il fasse une croissance compensatrice soit plusieurs mois et ensuite seulement le faire évoluer tranquillement sur une alimentation correspondant à son âge réel.

Dans tous ces cas, ce qui va guider votre jugement c’est le suivi de l’évolution du poids du poulain.

On constate parfois un « retard à l’allumage » autrement dit, vous réalimentez et le poulain pendant parfois plusieurs mois, ne paraît pas évoluer. Ce n’est pas grave, il est simplement en train de reprendre et de consolider ses structures en interne avant de reprendre du poids et donc de la croissance.

Par contre, une fois que vous constaterez qu’il reprend une croissance active, il faut tous les deux mois calculer le poids moyen pris par jour (gain moyen quotidien) et le comparer à la courbe théorique. Tant qu’il croit plus vite que ce qu’il devrait à son âge, il est en phase de rattrapage et donc il faut continuer à le nourrir comme un plus jeune. Une fois qu’il retrouve une progression normale du poids, on peut le passer à la ration de son âge, le rattrapage est terminé.

Dans un prochain article, nous verrons le cas d’un poulain qui a toujours eu une croissance inférieure à ce qu’il devrait avoir : « Alimenter un poulain en retard de croissance. 3. Cas d’une faible croissance sur le long terme ».

Catherine Kaeffer

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Jument et son Poulain. Techniques d'élevage (R) Tous droits réservés

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