Utilisation de nouvelles espèces de fourrages pour l’alimentation des chevaux

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

Craignant les risques de sécheresse du fait du changement climatique, de nombreux agriculteurs se dirigent vers de nouvelles plantes d’origine tropicale supportant la sécheresse. Les éleveurs se voient donc proposer des espèces et des variétés qui ne leur sont pas familières pour l’alimentation de leurs chevaux. La présentation est le plus souvent flatteuse et on leur affirme que leur utilisation est sans problèmes…Techniques d'élevage fait le point

L’utilisation d’une nouvelle espèce fourragère pour l’alimentation des chevaux pose un certain nombre de problèmes qu’il n’est pas forcément facile de régler dans l’urgence.

  1. Est-ce que cette plante ne contient pas de substances toxiques ?
  2. Est-ce qu’elle est appétente ?
  3. Quelle est sa valeur nutritionnelle ?
  4. Quelles conséquences son utilisation va-t-elle avoir pour l’ensemble de mon alimentation ?

1. Présence de substances toxiques

Paradoxalement, c’est le point le plus délicat à régler. Les chevaux sont rarement utilisés dans les essais d’alimentation, par ailleurs peu nombreux pour ce type de plantes. Or, la digestion d’un mouton ou d’un bovin n’a rien à voir avec celle d’un cheval. Ce qui peut tout à fait être consommé par l’un peut se révéler toxique pour l’autre. Ainsi le Sorgho, l’herbe du Soudan, l’herbe de Johnson hybride, ou les hybrides Sorgho-Herbe du Soudan ne sont pas recommandés pour les chevaux parce qu’ils contiennent des niveaux variables de glycosides cyanogéniques.

Au-delà de la toxicité pure, on peut trouver des facteurs antinutritionnels comme des taux élevés d’oxalates ou de phytates comme dans le kikuyu ou les sétaria. À court terme, c’est seulement un peu ennuyeux. À long terme, on peut avoir des déminéralisations osseuses gravissimes.

Un simple essai d’alimentation est souvent insuffisant car s’il élimine une bonne partie des toxicités court terme, il ne dure jamais assez longtemps pour mettre en évidence les soucis à long terme.

Une analyse ne trouve que ce qu’elle cherche et donc il faut avoir une idée à l’avance des molécules potentiellement problématiques.

À noter aussi que le fait de passer une plante de conditions de cultures tropicales à des conditions tempérées peut notablement modifier sa composition chimique et ses caractéristiques, pour le meilleur ou pour le pire. Les conditions de conservation et notamment l’humidité de l’air peut aussi modifier les données.

En termes clairs, lorsqu’on utilise une nouvelle espèce fourragère, on accepte de faire l’expérimentation sur nos chevaux.

2. Le fourrage est-il appétent ?

Souvent les plantes tropicales sont des plantes à croissance rapide, à fort développement et assez lignifiées avec une évolution rapide de leur composition chimique au cours du cycle de production. Il est donc important de vérifier que le produit a été récolté à un stade où il est acceptable par les chevaux sachant que nos chevaux ne sont pas habitués, comme leurs homologues de ces régions, à consommer des fourrages fortement lignifiés ou riches en silice.

Ce point peut être un réel souci pour vous, si vous avez acheté un lot important. Pour les chevaux, il entraîne souvent une perte de poids et des soucis digestifs par défaut de fourrage, la consommation étant très inférieure à celle prévue. On peut aussi sur des plantes très lignifiés avoir des soucis de colique de stase. Pour les chevaux à ulcères, certaines plantes une fois mâchées comportent des fibres dures qui peuvent mécaniquement être douloureuses pour l’estomac.

3. Quelle est sa valeur nutritionnelle ?

On trouve parfois quelques données sur la composition chimique de ces fourrages mais elles sont souvent très parcellaires et il convient de vérifier que dans vos conditions, elles sont valables. Il est donc indispensable pour ce type de produit, avant toute utilisation de faire un échantillonnage dans les règles de l’art et d’envoyer tout cela au laboratoire. L’analyse doit être plus complète que pour un fourrage classique et notamment pour les minéraux pour lesquels on ne peut se contenter d’un calcium + phosphore. Il faut absolument doser le cuivre, le zinc, le fer, le sélénium, le manganèse, l’iode et les vitamines. D’expérience on peut avoir de sacrées surprises. Se contenter des analyses qu’on trouve ici ou là avec la valeur énergétique (généralement exprimée en UFL ou UFV unités bovin non utilisables pour le cheval, voire carrément en énergie brute) et les protéines brutes, c’est avancer dans le noir. 

4. Quelles conséquences pour l’ensemble de ma ration ?

Nous avons tous nos habitudes en ce qui concerne l’alimentation de nos chevaux. On apprécie tel aliment. Tel complément marche bien chez nous…. Sauf que dans l’alimentation du cheval, la base c’est toujours le fourrage. Si vous changez le fourrage, vous changez tout. Si vous prenez un fourrage « innovant », « hors normes », cela veut dire qu’il va falloir remettre en cause toutes vos habitudes, toutes vos convictions. Le « bon » aliment que vous aviez avant, peut très bien ne plus convenir avec votre nouveau fourrage. Changer d’aliment, mais aussi changer de fournisseur, d’habitudes.

Vous allez vous retrouver au point zéro de l’alimentation, celui des pionniers de la zootechnie, celui où il faut reprendre toutes les bases, refaire tous les calculs à partir des compositions chimiques de chaque produit et rechercher un nouvel équilibre.

Les produits complémentaires que vous trouverez sur le marché ont une composition équilibrée sur la base de nos fourrages habituels. Elle peut très bien ne plus l’être avec un fourrage différent. Cela peut vous amener à prendre plusieurs produits pour équilibrer tant bien que mal votre ration.

Et puis, n’oublions pas qu’avec certains fourrages, l’équilibrage de la ration s’avère totalement impossible. Évidemment, si votre hangar est plein, cela peut vraiment poser problème.

En conclusion, lorsqu’on envisage d’utiliser un nouveau fourrage, on se retrouve devant un énorme point d’interrogation. Malheureusement, ce sont des décisions que l’on prend souvent dans l’urgence, parce qu’on n’a rien d’autre de disponible. Cela peut s’avérer gagnant… ou perdant sur le long terme mais il faut admettre que même si on prend toutes les précautions, même si on bétonne, on n'a aucun recul... et je ne vous raconte pas si on tente le coup sans précautions. Pile on gagne, face on perd. 

Dans un prochain article, nous aborderons un cas concret : l'utilisation d'un foin de miscanthus. 

Catherine Kaeffer

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La garantie de l'expertise, le choix de l'indépendance
MAJ janvier 2022

Poneys au pré. Techniques d'élevage (R) Tous droits réservés

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