Mener un poulain en main, entre ignorance et chaos

Publié le par Anne ANTA. Editions Alpha et Oméga

Un licol, une longe et cela doit aller tout seul. Sans lui avoir rien appris, on lui demande de marcher en main naturellement. Mais pour le poulain c'est tout un monde à découvrir, un code à apprendre.Techniques d'élevage fait le point.

Qu'on lui demande d'être à notre épaule ou derrière nous, on trace pour le poulain un chemin.

Un chemin qu'il devra suivre sans s'en détourner de plus de quelques centimètres. Des centimètres laissés gracieusement en quantité limitée par la longueur de nos longes.

Pour en profiter, il ne devra pas tourner la tête au risque de se retrouver réduit dans sa liberté par la longueur de son encolure.

Pas question non plus pour lui de prendre du recul... quant à nous marcher sur les pieds ou nous bousculer, ce n'est guère envisageable.

Pour ce qui est de la notion de céder à une pression, elle lui est totalement étrangère.

Il ne peut pas non plus s'arrêter, trotter ou galoper, il doit marcher avec un pas régulier qui doit s'adapter exactement et sans délai à celui du meneur.

Nous marchons à une vitesse comprise entre 1 et 2 mètres par seconde. Ce qui signifie que si vous avancez depuis l'arrêt, votre poulain doit démarrer dans la seconde pour éviter un coup de longe.

Bref, mener en main, c'est un travail pour le poulain et pour le meneur.

Mais quel est ce travail ?

Je vous expliquerai ici la méthode « classique » avec travail à l'épaule.

La théorie de certains est que le poulain ou le cheval doit suivre son meneur en restant derrière lui. Question de respect... mais pour des raisons de sécurité comme de confort pour le poulain, je préfère le mener à l'épaule.

En effet, on n'est jamais à l'abri d'un écart, d'un jeu déplacé, d'une bousculade... de plus, le fait de ne pas être collé au meneur facilite l'apprentissage, la prise d'autonomie et augmente le champ de vision du poulain le rendant égal à celui du meneur.

Pour mener en main, il faut d'abord obtenir la mise en avant dans le calme. Ce qui n'est pas une mince affaire avec notre poulain...

Un poulain, c'est tout ou rien.

Il trotte et galope à fond ou il reste planté les quatre sabots enfoncés dans la poussière. Il faudra donc lui apprendre à trouver un milieu entre « je fonce » et « je pile ».

Pour ma part, je conseille de passer par l'étape de la gestion passive. Cette étape consiste à gérer le flux d'énergie générée par le poulain sans la perturber dans un premier temps.

Mettez le licol et la longe au poulain.

Placez-vous d'un côté du poulain. Choisissez votre côté préféré pour commencer.

Mettez en place une impulsion et préparez-vous à recevoir le poulain car celui-ci ne viendra pas tendrement se placer à vos côtés.

Quand je prends pour la première fois un poulain en main, je m'imagine une bouteille de champagne que je secoue d'abord gentiment puis de plus en plus vivement jusqu'à ce que le bouchon saute. Autrement dit, que le poulain démarre.

A cet instant, il est intéressant d'avoir un poulain confiant mais non désensibilisé. En effet, un mouvement de stick peut donner une énergie nécessaire sans toucher le poulain « sensible ». Un poulain « désensibilisé » devra lui être surpris par notre geste et nécessitera donc bien plus d'effort, voire de violence, pour se mouvoir.

Bien, vous avez mis la pression, agité la bouteille et le bouchon vous arrive en pleine figure... ou plutôt sur votre côté.

C'est alors que vous pouvez commettre une erreur fatale que l'on ne peut parfois pas éviter avec la surprise. Arrêter le bouchon dans sa folle course par un coup de longe malencontreux. Ce qui risque pour le moins de faire peur ou de faire mal aux deux protagonistes : vous et le poulain.

Si votre longe fait barrage, votre poulain va s'appuyer ou se retourner dessus. Vous allez donc obtenir un cabré, un poulain qui tracte ou un poulain qui se « fauche » avec de gros dégâts à la clé.

Pour éviter ce problème, il ne faut pas arrêter mais dévier ce bouchon de champagne en mettant une barrière latérale. En d'autres mots, votre longe ne devra pas avoir une action parallèle au mouvement du poulain mais légèrement inclinée pour placer le poulain en cercle avec vous à l'intérieur.

Ainsi, vous laissez l'énergie s'épuiser lentement sans prendre de risque. Félicitez votre poulain de la voix. Quand l'énergie s'amenuise, remettez-en un peu en dosant votre action. Le but est d'obtenir un pas calme relativement régulier. 

Vous marchez en main avec votre poulain en cercle avec vous à l'intérieur et au bout de quelques tours, il commence à s'y faire, à se détendre et à comprendre ce que vous attendez de lui.

Pour ralentir, effectuez un cercle de 10 m avec une légère action vers l'intérieur de la longe. Le poulain ainsi dévier viendra s'arrêter devant vous sans la moindre difficulté et sans défense.

Avec un poulain ignorant, vous pouvez toujours avoir recours à cette technique et vous arrêter là mais vous devrez renoncer aux joies de la balade et du travail en main, ce qui est dommage.

On passe à l'étape suivante ?

Anne ANTA

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MAJ juin 2023

Jument et poulain en présentation. Techniques d'élevage (R). Tous droits réservés

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