Alimenter un poulain PSSM 

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Oméga

L'alimentation d'un poulain porteur de la PSSM doit permettre d'assurer la croissance en profitant des périodes où les besoins nutritionnels sont maximaux afin de ne pas la prolonger dans le temps et pouvoir passer assez tôt à une alimentation adaptée à un PSSM.  Techniques d'élevage fait le point

L’annonce que votre poulain est porteur PSSM fait généralement l’effet d’un coup de massue. Alors vite, pour éviter que la maladie se déclenche, on met le poulain à une alimentation spécifique des PSSM.

C’est à mon sens faire une erreur qui peut être lourde de conséquences.

Faisons un point sur les contraintes inhérentes à la situation.

  • Un cheval PSSM ne doit pas recevoir trop de sucre et notamment l’amidon lui est interdit.
     
  • Un poulain a des besoins extrêmement importants pour sa croissance et ceci d’autant plus qu’il est destiné à devenir grand.
     
  • Plus on ralentit une croissance, plus elle se prolonge dans le temps.
     
  • Diminuer la quantité d’amidon d’un aliment (hors fourrage bien sûr) c’est augmenter la quantité de lipides.
     
  • Augmenter la quantité de lipides c’est exiger des efforts supplémentaires du foie.
     
  • Le poulain ne digère les fibres comme un adulte que vers 18 mois.
     

Supposons que j’ai un poulain de 6-12 mois sevré. Si je le passe aujourd’hui à une alimentation sans céréales, je vais être obligée de passer massivement par la voie des lipides que je vais rapidement saturer. Il est certain que le foie va être largement sollicité ce qui est loin d’être souhaitable. En outre, il va falloir un apport complémentaire en protéines assez massif. Les voies métaboliques n’étant pas très matures, cela pose un problème important.

Enfin, il n’est pas évident que le poulain accepte cette mixture qui forcément ne sera pas très appétente.

Il n’existe aucun aliment tout fait de ce type sur le marché et on comprend pourquoi. Les aliments spécifiques PSSM sont faits pour des adultes et donc pauvres en protéines. Si on les utilise, on va ralentir la croissance et la prolonger dans le temps sans compter qu’on va provoquer des troubles parfois irrémédiables.

Or, nous sommes à un moment de la vie où les besoins sont très importants. De ce fait, sur un jeune de cet âge, on peut sans problèmes recourir à un apport d’amidon normal car tout va être utilisé pour la croissance qui est prioritaire et donc on n’aura pas ou peu de stockage musculaire donc pas de gêne pour le poulain.

Je dirais même qu’il faut assurer sa croissance pendant cette période de la vie où les besoins sont très importants. Car comme cela, on aura un animal qui va construire son organisme pendant les périodes où on peut l’alimenter sans risque. Lorsque les besoins vont décroître, on pourra baisser tranquillement les apports d’amidon qui seront petit à petit de moins en moins nécessaires. Au moment où les premiers symptômes de la maladie seront susceptibles d’apparaître, on passera à une ration adulte PSSM naturellement.

Alors que si on bride la croissance, on va la prolonger dans le temps. On se retrouvera alors devant deux contraintes contradictoires : pas d’amidon pour éviter une myopathie et des besoins importants pour faire la croissance qui n’a pas été faite avant… choix cornélien.

Ce genre de situation est délicate à gérer et se termine souvent par une croissance qui ne peut pas se finir normalement au détriment de la santé future du cheval.

Catherine Kaeffer

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MAJ Novembre 2021

Poulains au pré. Techniques d'élevage (R). Tous droits réservés

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