Est-ce qu’un poulain peut grandir trop ?

Publié le par Catherine Kaeffer. Alpha et Omega

On entend assez souvent dire qu’un poulain a trop grandi parce qu’il a trop été poussé et que cela lui a occasionné des problèmes de santé.

Je pense qu’il faut distinguer plusieurs aspects.

Un poulain ne peut pas « trop grandir ». Il a un potentiel génétique qui le programme pour une croissance donnée. Aucun aliment ne lui permettra de grandir plus que son potentiel génétique. Pour arriver à obtenir un « géant » ayant une taille supérieure à sa taille génétique, il faut recourir à un apport exogène d’hormones de croissance. Mais si on exclue ce cas, aucun aliment ne le fera trop grandir. Si vous nourrissez un poulain welsh comme un poulain shire, vous obtiendrez un welsh obèse pas un welch toisant 1m80.

Toute différente est la notion de poulain « poussé », de poulain « forcé » à grandir « trop vite ».

Un poulain forcé est un poulain qu’on a mené à sa vitesse de croissance maximale. On a privilégié la prise de masse à la solidité des structures. C’est ce qu’on faisait classiquement pour les poulains de boucherie. On ne s’intéressait pas trop au fait que leurs os, leurs tendons puissent durablement supporter le poids de leur corps mais bien au fait qu’ils arrivent au poids prévu le plus vite possible. Dans ce cas, on ne faisait pas « vite et bien » mais « à toute vitesse et après moi le déluge ».

Cette croissance maximale ne doit pas être utilisée en dehors de cette situation. Les tables lui préfèrent une croissance optimale, c’est-à-dire une croissance où on va certes un peu moins vite mais où on monte des fondations solides pour l’organisme. C’est elle qu’on va utiliser pour les chevaux de course, les chevaux de sport qui par exemple font les cycles classiques ou bien pour les chevaux qui partent jeunes en reproduction. Là on est sur du « vite et bien ».

On n’a donc plus un poulain « poussé » ou « forcé » où on a une notion de viol des capacités de l’organisme mais un poulain exprimant tout son potentiel de croissance.

Dans cette réflexion, il est aussi important de s’arrêter sur le « trop vite ». Qu’est-ce qui définit le fait qu’une croissance soit trop rapide ?

Une croissance est trop rapide si la masse de muscles, d’organes, de tissus que vous mettez sur les membres qui la soutiennent est trop importante pour leurs capacités mécaniques. Là, on a des problèmes de santé.

Donc on a deux choses qui doivent marcher de concert : l’augmentation du poids et l’augmentation de la résistance.

Donc évidemment, si on augmente le poids de façon démesurée, on aura des pépins. C’est le cas évoqué tout à l’heure du poulain de boucherie. Dans un cas comme celui-là, la solution est de ralentir la croissance.

Mais de la même façon, si pour une raison ou une autre, la résistance des membres est insuffisante alors même un poids normal deviendra trop. Supposons que l’apport protéique soit insuffisant. Un os c’est une trame protéique sur laquelle viennent se fixer des minéraux. Pas de trame, pas de fixation et un os de mauvaise qualité. Mais aussi des tendons insuffisants, des muscles au Père Lachaise et souvent un gros ventre. Donc des structures qui n’ont que peu de résistance. Un poids normal suffit à les faire souffrir et se dégrader.

On voit de plus en plus souvent des poulains qui n’ont pas eu un apport protéique (ou minéral d’ailleurs car cela a le même type d’effet) conforme à leurs besoins sous prétexte de ne pas les faire grandir trop vite. La croissance ralentit bien sûr un peu mais surtout les structures montées sont très fragiles.

On peut alors avoir le syndrome du « poulain qui a grandi trop vite » sur un poulain qui a quasi arrêté sa croissance et qui donc n’a pas « grandi trop vite » mais a « mal grandi ».

Et dans ce cas, la solution est de permettre à l’organisme de consolider la structure, de la réparer, de reprendre une croissance raisonnable pour finalement retrouver un équilibre correct entre résistance et contraintes mécaniques… quand c’est encore possible.

Et là, traiter un syndrome de « poulain qui a grandi trop vite » en relançant avec précautions mais nettement quand même une croissance et en augmentant l’apport alimentaire… comme on dit, c’est contre-intuitif !

Catherine Kaeffer

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Poulain shet. Techniques d'élevage. Tous droits réservés

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