Faire maigrir un cheval en urgence. 1. Les grands principes

Publié le par Catherine Kaeffer Editions Alpha et Omega

Votre cheval est au pré. Pendant des années, il était classé comme rondouillard, un qui ne faisait pas pitié, mais là c’est différent. Votre vétérinaire vous a dit que pour sa santé, il fallait le faire maigrir. Quelles mesures allez-vous bien pouvoir prendre pour arriver à ce résultat et sauvegarder la santé de votre cheval ?

La première question à poser à votre vétérinaire, c’est l’urgence de la situation. Ce n’est pas la même chose d’avoir un cheval en pleine crise de fourbure qui peine à mettre un pied devant l’autre et d’avoir « seulement » un cheval dont l’obésité est un facteur de risque certes indéniable mais non encore réalisé.

Dans le cas de l’amaigrissement d’urgence, les mesures peuvent être drastiques. Devant la situation il n’est pas question de ménager la chèvre et le chou, de savoir s’il va apprécier ou pas, l’urgence commande. Dans ce type de cas, c’est une diète sévère mais jamais totale pour éviter à la fois la mort des bactéries du tube digestif qui pourrait être fatale à votre cheval et d’autre part l’hyperlipidémie qui est une urgence vétérinaire. On reste cependant dans le « remède de cheval » dans tous les sens du terme. 

Les apports énergétiques peuvent alors ne couvrir que 50 % des besoins sur un temps assez court, 75 % ensuite. À noter que plus l’animal est gros, plus il est de race rustique (voire poney et encore plus s’il s’agit d’un âne), moins vous pourrez vous permettre d’une diète importante. Paradoxalement, il faudra être plus prudent sur un shet obèse et se limiter à une restriction à 75 % voire 80 % de ses besoins que sur un selle simplement gros où vous pourrez être plus radical.

Le cheval va métaboliser sa graisse. Il ne sera toutefois pas possible de ne pas avoir en même temps une fonte musculaire car l’organisme va utiliser les protéines musculaires à des fins énergétiques. Ceci étant, comme le cas d’école de ce type de situation est la fourbure, il est difficile de faire la part des choses avec le fait que le cheval marche le moins possible… quand il marche encore !

Par contre, il est souhaitable de maintenir un niveau correct au niveau des apports minéraux et vitaminiques. L’organisme va avoir fort à faire pour métaboliser la graisse, pour éliminer les radicaux libres, il doit avoir ce qu’il lui faut à disposition. L’utilisation d’un CMV est donc dans ce cas totalement indispensable faute de quoi on aurait un ralentissement du métabolisme qui irait à l’encontre du but recherché : plus un moteur tourne, plus il consomme d’essence. Si vous le laissez tourner au ralenti, vous consommerez moins que sur l’autoroute. Un organisme c’est pareil. Il faut qu’il fabrique son sabot, ses poils, sa peau, son tube digestif à une vitesse la plus normale possible pour qu’il utilise sa graisse comme source d’énergie. Sachant que quoi que vous fassiez, l’organisme ralentira ses synthèses par mesure d’économie et parce qu’il sera trop juste en protéines. Mais ce ralentissement doit être aussi limité que possible.

N’oubliez pas l’abreuvement qui doit être facilement accessible surtout si le cheval peine à se déplacer. L’eau est le premier drainant, sans risques et pas cher.

Nous sommes donc sur des mesures assez brutales. Il ne s’agit pas de les prendre par exemple dans un cas de tout début de fourbure, avec juste les pieds sensibles et un cheval qui marche sur des œufs mais qui sur sol mou se déplace normalement, ou pour une simple zone rosée au parage alors même que le cheval ne montre pas d’autres signes. Dans ce cas, préférez un amaigrissement plus progressif qui sera moins traumatisant et plus durable.

Car il faut bien l’avouer, le risque de l’amaigrissement d’urgence, c’est que vous allez avoir un certain nombre d’effets secondaires. À court terme, on a généralement une détérioration de la qualité de vie pour le cheval et pour vous, une frustration du cheval avec éventuellement dégâts sur les clôtures et parfois des blessures car le cheval aura voulu passer en force, une augmentation du risque d’intoxication s’il reste UNE plante toxique qu’il n’a jamais touché mais qu’il peut consommer par défaut, une perte musculaire, de l’agressivité, du stress, l’augmentation du risque d’ulcères, de coliques ou d’apparition de tics…

Sur le long terme, les effets de ce type de mesure sont souvent une agressivité au moment des repas, une perte du lien social, une perte de la régulation de l’appétit (ceci étant, si on en est arrivé là, elle ne devait pas remplir correctement son rôle avant) mais surtout le fait que l’organisme va mettre en place à cette occasion une série de « plans d’économie » qu’il va conserver plus ou moins longtemps ensuite. Donc un amaigrissement en urgence devra toujours être prolongé par une surveillance étroite de l’alimentation sur le long terme.

Dans un prochain article, nous verrons les conséquences pratiques de ces grands principes sur un cheval au pré, ce qui est la situation la plus difficile à gérer pour le propriétaire.

Catherine Kaeffer

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Parcelle de pâturage. Techniques d'élevage tous droits réservés

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