Foin d’Avena Strigosa, avoine brésilienne, diploïde, rude, fourragère, folle avoine pour les chevaux ?

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

On peut trouver sur le marché un produit qui selon les régions et votre interlocuteur peut avoir ses différents noms et beaucoup de personnes se demandent si elles peuvent l’utiliser pour leurs chevaux. Faisons le tour de la question.

Comme toujours, si on veut être sûr de la plante dont on parle, il est indispensable de se baser sur le nom latin : Avena strigosa. Mais on utilise souvent d’autres noms plus ou moins précis (et parfois même totalement faux) pour la désigner :

  • Avoine brésilienne parce qu’elle est couramment utilisée dans ce pays pour la couverture du sol et qu’elle a été importée en France assez récemment.
     
  • Avoine diploïde sachant que les variétés d’avoine classiques (Avena Sativa) sont hexaploïdes.
     
  • Avoine rude ou maigre qui est le nom vernaculaire d’Avena Strigosa.
     
  • Avoine fourragère parce que c’est une plante souvent utilisée en dérobée dans le but fournir du fourrage.
     
  • Folle avoine parce qu’elle ressemble davantage à une folle avoine qu’à une avoine cultivée. Sauf que la Folle avoine est une autre espèce (Avena fatua) et une adventice (autrement dit une « mauvaise herbe ») particulièrement redoutée et combattue. Donc le terme de « foin de folle avoine » est totalement faux… mais utilisé.

Attention de ne pas confondre ce produit avec une paille d’avoine qui n’a rien à voir puisqu’il s’agit de la tige d’une avoine normale après qu’on ait récolté le grain et donc on est bien sur une paille. 

Pour ce qui est de la valeur nutritionnelle, comme souvent sur les fourrages de ce type, on a très peu de renseignements. Les recommandations sont de récolter au stade grain laiteux. C’est pour cette raison que la Chambre d’Agriculture de la Meuse à ce produit, les valeurs nutritionnelles d’une avoine céréale plante entière stade début montaison soit la référence INRA 2007 FV1880 :

Céréale plante entière avoine début montaison :

MS : 14.9 %. Exprimés en % de la MS : UFL 1.00 / UFV 0.98 / PDIA 27 g / PDIE 75 g / PDIN 87 g / LysDI 6.95 % PDIE / MetDi 1.97 % PDIE / MO 0.879 % / dMO 81 % / MAT 12 % / CB 23 % / NDF 0.513 % / ADF 0.278 % / Ca 4.8 g / P 3.4 g / EB 4181 kcal

Vous noterez qu’il s’agit là d’une consommation de type pâturage ou affourragement en vert mais pas d’un foin. Donc ces valeurs ne tiennent pas compte des pertes au fanage.

Évidemment, je sens que vous allez logiquement objecter que ce sont des données pour les ruminants. Oui mais… on n’a pas mieux.   

Ceci étant, tout incomplet que cela soit, on peut tout de même en tirer quelques idées sur l’utilisation qu’on peut en faire pour les chevaux.

  1. Ce « foin » n’est pas un fourrage ! On est sur des valeurs énergétiques de 1 UFL. L’énergie brute à est 4181 kcal/kg de MS. À titre de comparaison, l’orge est à 4394. La dénomination de « foin » peut donc induire en erreur.
     
  2. On est donc sur un aliment relativement concentré avec une teneur en cellulose brute de 23 %, des matières azotées totales à 10 %. Disons qu’on serait plutôt sur un type aliment fibreux ou un mélange foin + céréales mais encore une fois pas sur un fourrage. Donc déjà si vous avez un poney, un cheval de loisir qui travaille moyennement, on oublie tout de suite.
     
  3. Si vous utilisez ce type de produit pour un cheval à très gros besoins, il faut avoir conscience qu’on est sur un aliment qui joue en même temps les deux rôles : celui du fourrage et celui de la céréale. Donc vous ne pouvez pas les dissocier. Si le cheval travaille moins fort, en temps normal, on diminue la céréale et on augmente le fourrage. Là, comme c’est un seul et même produit qui joue les deux rôles, c’est impossible.
     
  4. 23 % de cellulose brute est totalement insuffisant pour la plupart des chevaux. Cela veut dire que vous allez être obligé d’apporter un foin de pré ou de crau en sus, ou bien de la paille.
     
  5. Le rapport calcium / phosphore est de 4.8/3.4 = 1.4. Cela signifie que vous serez obligé de faire au moins un apport en calcium pour le remonter ou bien de le coupler avec une luzerne ou une pulpe de betterave. Si vous l’utilisez en fourrage pur sans le corriger, vous risquez une déminéralisation osseuse.
     
  6. Les valeurs en cuivre, zinc, manganèse, fer, sélénium, iode cobalt et vitamines A, D, E ne sont pas disponibles. Cela signifie qu’il faut obligatoirement avant toute utilisation du produit faire une analyse en laboratoire pour voir comment il est possible d’équilibrer les différentes rations.
     
  7. Évidemment, lorsqu’on est sur un produit avec lequel on a peu de recul, on ne sait pas si on n’a pas des composés indésirables. Le fait que cela s’utilise pour les bovins n’est pas une sécurité car la digestion est clairement différente.

En conclusion que ce soit en vert ou en foin, sauf de façon très épisodique, sur des chevaux à fort besoins, plutôt maigres et non sensibles aux fourbures, et en prenant des précautions, je déconseille l’utilisation de ce produit sur chevaux.

Catherine Kaeffer

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