Donner des probiotiques en continu ou en cures ?

Publié le par Catherine Kaeffer. Editions Alpha et Omega

Apporter un probiotique c’est donner à un cheval des microorganismes qui sont souvent des levures type saccharomyces (levure de bière), des bactéries (le plus souvent lactiques) ou bien un mélange non strictement déterminé (type EMA ou produits fermentés).

Dans tous les cas, l’idée est la même. On a des raisons de penser que soit la flore naturelle du cheval ne fonctionne pas de manière satisfaisante, soit qu’elle a été gravement perturbée par un événement extérieur.

Dans le premier cas, on peut dire que la flore naturelle est bien adaptée au milieu dans lequel évolue le cheval et donc en équilibre avec lui mais que cet équilibre n’est pas favorable à une bonne digestion.

Dans le second cas, on peut dire qu’on avait une flore adaptée au milieu, en équilibre avec lui et que l’événement est venu casser cet équilibre. Bref, c’est le chaos.  

Dans les deux cas, on va donc importer de façon artificielle dans le tube digestif une flore exogène. Cette flore n’est pas et ne peut pas être équivalente à la flore naturelle. On ne peut pas considérer forcément qu’elle est « meilleure ». Par contre, elle n’est pas pathogène ce qui est déjà beaucoup. Elle est donc un élément qui va lui aussi orienter l’équilibre du système dans le premier cas, orienter et stabiliser le chaos dans le second cas.

Point important, cette flore artificielle ne s’implantera pas. Elle persistera pendant la durée du traitement puis elle disparaîtra à son arrêt entraînant forcément un déséquilibre au moment de l’arrêt d’autant plus important qu’elle a été donnée en quantité importante et longtemps.

Il est donc important de choisir le probiotique en fonction de la situation. Si vous avez un cheval qui a une alimentation largement pourvue en céréales, lui donner un probiotique à la levure de bière ou des bactéries lactiques est logique puisque dans les deux cas, ce sont des microorganismes qui interviennent dans la digestion de l’amidon arrivant au gros intestin.

Donner les mêmes produits à un cheval qui ne consomme pas de céréales est beaucoup moins logique puisque cela revient à orienter sa flore vers la dégradation de l’amidon, alors qu’il n’en consomme pas. Forcément l’équilibre naturel de la flore d’un tel cheval est surtout vers les cellulolytiques (microorganismes qui dégradent la cellulose, les fibres du fourrage).

Pour revenir à la question du début, cure ou continu, je dirais qu’à l’évidence, si vous avez un souci de flore suite à un événement perturbateur, une cure est largement suffisante puisqu’il ne s’agit que de retrouver l’équilibre ancien. Cela se fera en deux temps. Vous donnez le produit et vous occupez les sites pour éviter l’installation de pathogènes et pour donner un coup de main pour la digestion. Ce délai permet à la flore naturelle de se remettre. Vous arrêtez le produit et donc vous cessez d’intervenir. La flore naturelle étant en bon état, elle va prendre la place laissée vacante par le départ des microorganismes du produit. L’équilibre naturel sera retrouvé.  Nous sommes dans le second cas de figure où le probiotique est un pansement que l’on met le temps que la blessure guérisse et que l’on arrête après.

Si les symptômes réapparaissent après l’arrêt du produit et persistent et qu’on est obligé de donner ce type de produit en continu, cela signifie qu'il y a un souci dans l'environnement et que vous ne faites que masquer les symptômes. Vous êtes alors dans le premier cas. Vous avez une flore en équilibre avec l’environnement du cheval mais cet équilibre naturel n’est pas souhaitable pour la santé du cheval.

Dans ce cas, le probiotique n’est plus un pansement mais une béquille, indispensable au quotidien simplement pour que le système continue à tourner cahin-caha. Une béquille, cela peut être utile, mais ce qui réglera le souci c’est de savoir pourquoi il n’est pas possible de marcher sans. Ration mal équilibrée, foin contaminé, non-respect des temps de transition, non-respect de l’hygiène, contamination des pâtures par des effluents, eau de mauvaise qualité…. J’en passe, la liste est longue et la recherche de la ou des causes peut l’être aussi.

Vous pouvez aussi légitimement suspecter un problème d’environnement au sens large de conditions de vie du cheval si plusieurs chevaux ont les mêmes soucis. Qu’un individu puisse avoir un souci de flore à un moment de sa vie, OK. Que plusieurs chevaux d’âge différents puissent avoir ce souci montre que la source n’est pas individuelle mais bien un facteur collectif.

A une plus grande échelle, si dans une écurie, on utilise des probiotiques de façon constante, régulière, ancienne sur l’ensemble des chevaux, cela signifie que l’équilibre de la flore qui règne dans cette écurie est artificiellement « cadré » si je peux m’exprimer ainsi. Ce que vous constatez à un instant t est le résultat de cette utilisation régulière + de l’environnement. Si pour une raison quelconque, on arrête cette pratique, un changement de gérant par exemple, l’équilibre se déplacera forcément. Si par ailleurs, il n’y a pas de souci particulier, ce sera une simple adaptation de la flore. Mais si, il y a peut-être des années, cette pratique a été mise en place pour pallier un problème et que ce problème n’a pas été identifié et réglé, il réapparaîtra de façon parfois assez brutale.

Il est parfois possible lorsque l’on est obligé d’avoir pour des raisons particulières une alimentation qui génère des soucis de flore, ou bien si on a un environnement qui n’est pas idéal mais qui ne peut être modifié, de gérer le souci en donnant des probiotiques en continu. Mais dans ce cas, il importe de bien être conscient de la situation et de raisonner en conséquence.

Catherine Kaeffer

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Crottin de cheval. Techniques d'élevage (R). Tous droits réservés

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